Safran seconde peau (simili cuir, rockeuse, rebelle, toussa toussa)

Safran Deer and Doe en simili cuir - Laissons Lucie Faire

Ça fait un moment que je fais du teasing sur Instagram. Il était temps que je vous montre mon safran. J’ai tellement de choses à dire que je vais devoir diviser ce billet en chapitres. Je vous préviens, ça va être long. Si je vous vous perdez en route, je ne vous en voudrai pas.

Chapitre 1 : LA GENÈSE

Il y a quelques semaines, lors d’une escapade chez mon dealer vendeur de tissu préféré, aka Les Tissus du Chien Vert, j’achète un coupon de simili cuir noir stretch destiné à la base à un legging Roxy La Maison Victor. J’avais craqué sur ce modèle et sur la veste Chloé présentée dans le même magazine (j’ai d’ailleurs acheté de quoi coudre une charmante Chloé, mais chaque chose en son temps).

Et puis Deer and Doe sort son nouveau patron. L’odeur suave du Safran envahit la blogosphère couture, j’entre en transe, je résiste, je lutte, je suis forte… et je commande mon patron (et celui de la chemise Mélilot aussi, ben oui, y’a 10%…)

Ajoutons à cela le fait que le pantalon Roxy ne représente pas un défi technique très palpitant (assembler les jambes et la fourche, coudre une ceinture élastiquée… prise de risque 0). Et puis, Ma chérrrrrie, le legging, c’est PAS PO-SSI-BLE ! 

R.I.P. projet Roxy.

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Chapitre 2 : L’ESPÉRANCE

Jeudi soir. Munie de mes ciseaux aiguisés et arborant mon sourire innocent, c’est avec fougue que je me lance dans la découpe de ma peau de bête (enfin, de ma peau de pétrole).

Je suis avec mes copicousettes, on passe une soirée charmante. Elles me chambrent sur ma nullité en tricot (2 ans que j’ai commencé un top en maille rivière, toujours pas terminé… c’est une performance). J’en ris avec humour et élégance, je suis de bonne humeur, je suis la reine du cuir.

Céline a eu la merveilleuse idée de sortir des dizaines de bougies chauffe-plat qui font office de poids pour maintenir mon patron sur mon simili (d’habitue j’épingle, mais dans le simili, c’est niet !) Les effluves de pomme verte et de vanille chatouillent mes naseaux et le vin blanc coule à flot.

Queen of the leder je vous dis !

Safran Deer and Doe en simili cuir - Laissons Lucie Faire

Chapitre 3 : LE DOUTE

Samedi matin. Je me lève aux aurores pour suivre mon premier cours de couture de l’année. J’ai fini le programme, je suis diplômée, mais je persévère. Il me reste tellement de choses à apprendre…

Pleine de motivation et frétillante d’excitation à l’idée d’entamer un marathon couture de 8 heures (no fear, je suis une rebelle), je me lance dans la confection de mon safran de motarde. J’épingle uniquement dans la valeur couture, j’utilise 1001 accessoires pour bâtir les pièces sans faire de vilains trous. Pinces à linge, trombones, petites pinces en plastique, papier collant… tout y passe.

Je suis rusée, je fais fi de la difficulté.

Je réalise les poches passepoilées. Les explications sont limpides comme de l’eau de roche. Même pas peur ! Les papillons de ma viscose Veritas batifolent autour de ma tête. J’assemble les devants et dos des jambes. Finger in the nose !

Et puis j’en arrive aux surpiqûres de la couture d’entrejambe. Tiens ça bloque. Nan mais c’est rien, je vais y aller doucement, ça va passer tout seul. Ah tiens, non, mon pied de biche décide de faire le récalcitrant. Le vilain !

Chapitre 4 : LA CHUTE

Je commence à suer. Mon sourire se crispe. Mais je tiens bon, je continue, « I will survive » qu’elle disait…

Et puis la catastrophe, le drame, le cataclysme… mon tissu fait un petit renflement que je ne remarque pas et passe sous le pied presseur de ma machine en pleine action. Je relève prestement le pied, mais c’est trop tard. La funeste aiguille a laissé 3 petits trous affreuses balafres sur l’épiderme d’ébène.

Je beugle, je crie, je tape du pied (Aurore croit même que je me suis planté l’aiguille dans le doigt). Mes 15 congénères en restent coites (je vous rappelle qu’à l’instant présent, je suis toujours au cours). Aurore vole à mon secours, m’ordonne d’aller faire un tour dehors pour me calmer et me conseille d’aller chercher un pied presseur téflon pour faciliter un peu la vie de ma pauvre Bernie (le magasin est à 100 mètres).

Chapitre 5 : LA DÉSILLUSION

Je reprends confiance. Avec son pied téflon, Bernie va cartonner ! Y’a plus qu’à !

J’enfile ma veste, je saisis mon sac et je sautille jusqu’au magasin tel un cabri, pleine d’espoir. Je franchis la porte, j’expose l’objet de ma demande à la gentille vendeuse.

Elle me toise avec hauteur, et me susurre de sa voix suave : « Ah mais Madame, on ne fait plus de pieds presseurs pour les Bernina série 800, elles sont bien trop vieilles. D’ailleurs on ne fabrique plus aucune pièce pour ces vieilleries machines, donc on ne peut même plus les réparer… »

Mes espoirs s’effondrent. J’ai le souffle court. J’ai envie de mordre. J’imagine la vendeuse crucifiée. Des corbeaux volent autour de sa tête et des rats viennent lui mordiller les pieds (je sais je suis excessive, mais quand la moutarde me monte au nez, je perds toute notion de nuance).

Bernie, pauvre Bernie ! Voilà ma grande, t’as fait ta vie, t’es périmée, au bac maintenant ! On va quand même pas te payer les frais médicaux non plus, non mais oh ! La morgue !

Mais non Bernie, je ne t’abandonnerai pas. J’irai jusqu’au bout avec toi, ma fidèle ! Je te soutiendrai jusqu’à la mort !

Safran Deer and Doe en simili cuir - Laissons Lucie Faire

Chapitre 6 : L’ORAGE

Je regagne la classe. Je suis dépitée.

Mes congénères essaient gentiment de me réconforter. Je reprends péniblement ma couture. Rien ne va, je foire tout, c’est moche, de toute façon je le mettrai jamais ce putain lutin de pantalon, et puis qu’est-ce qui m’a pris de me lancer dans du simili cuir, non mais franchement !

Mes comparses me demandent de temps en temps si ça va mieux, si j’avance bien. Je suis en mode panda, autrement appelé mode « fais-moi pas chier ». Faut pas me parler, je supporte à peine qu’on respire le même air que moi.

La douce agnelle a fait place à la harpie. Mon safran sent le souffre.

Chapitre 7 : L’ÉCLAIRCIE

Aurore vient (à nouveau) à ma rescousse. Elle me connaît (et supporte mes frasques depuis 4 ans), elle sait comment me maîtriser gérer. Grâce à ses conseils, j’arrive à coudre une braguette impeccable.

Je reprends du poil de la bête.

J’enfile mon safran. Je doute toujours, je suis un peu dégoûtée. Je retouche un peu pour resserrer au niveau des genoux. Hmmmmm, il n’est peut-être quand même pas si mal ce pantalon.

Il est 18 heures, je remballe mon matériel. Je n’ai pas fini. J’ai les nerfs en pelote. Je chante à tue-tête dans la voiture pour évacuer ma frustration. ♪♫ J’irai chercher ton cooooooeur, si tu l’emporte ailleuuuuurs ♬♩(j’écoute radio nostalgie).

Chapitre 8 : L’EUPHORIE

Lundi. J’ai une après-midi de congé pour terminer mon pantalon. Je déciderai alors si, sur un heureux malentendu, je le porte, ou si je le brûle avec les restes putréfiés de la vendeuse.

Je suis en mode slow couture, seule solution pour arriver à dompter mon simili d’enfer. Je monte la ceinture et les passants. Je suis zen. Je suis un petit caillou tranquille que ne perturbe pas la pluie fine de l’été finissant. Je fais des Haikus entre deux surpiqûres.

Je couds mes ourlets. Mon safran est terminé. Je l’enfile, sans y croire, pour voir si…

Vaillamment, je me poste devant mon miroir en pied. La magie opère. J’ai une seconde peau. Mon safran fait corps avec mon être. Je l’aime d’amour. Je nage dans le love. Je photographie, je shoote, j’instagrame.

Je le regarde d’un peu plus près. Aille aille aille, mes passants de ceinture du devant ne sont pas du tout symétriques. J’ai complètement foiré. C’est tout moi, je te fais une braguette parfaite, mais je me vautre de tout mon long à sec et sans élan sur un détail pourtant facile, par inattention et négligence. Bien positionner un passant, c’est quand même pas compliqué !

Je suis penaude. Le Lieutenant me dit que ce n’est quand même pas si grave, que noir sur noir, ça ne se voit pas, que personne ne remarquera. Je rumine. Je fulmine.

Safran Deer and Doe en simili cuir - Laissons Lucie Faire

Safran et motardes

Chapitre 9 : LA CONCLUSION

Je gagne mon lit. J’essaie de dormir mais je ne peux point. Je cherche une solution. Soit je découds pour repositionner mon passant et j’ai des trous, soit je suis condamnée à porter mon pantalon avec un passant de travers.

Quel choix cornélien ! Rhabille-toi Chimène ! J’ai envie de me lever pour tester la première option. Mais le Lieutenant veille au grain et joue le pare-feu face à ma folie. Ça attendra bien demain. Je finis par tomber dans les bras de Morphée. Je rêve de mon Safran toute la nuit… Je suis complètement cinglée un peu obsessionnelle.

Mardi soir. Ma journée de travail se termine. Je récupère ma Cracotte (ou Cracotte récupère sa névropathe de mère, c’est selon…) Elle s’amuse gentiment avec ses cubes. C’est beau l’insouciance… J’ai 10 minutes de calme devant moi. Je m’empare de mes ciseaux et découds le funeste passant. Les trois petits trous ne sont pas si méchants, je ne les vois presque pas. Je replace l’affreux coco un peu plus loin et je pique.

Safran Deer and Doe en simili cuir - Laissons Lucie Faire

Des petits trous, des petits trous, toujours des petits trous !

Je passe mon safran. Hou, pas si mal… Je me tortille, je me dandine. Ça claque ! Je me sens rebelle, rockeuse (c’est tout moi). Je me vois chevauchant une Harley Davidson sur la route 66… ♫ Booooorn to be wiiiiiiiiiiiiild…♬♩

Safran, on a souffert toi et moi. Mais je ne t’en veux pas. Ce n’est pas ta faute. En fait, tu es la perfection incarnée. Tu me fais des jambes de gazelle, tu gaine ma taille et tu moule merveilleusement mon boul. Tu es clair, bien coupé, et pas si compliqué à réaliser (dans un tissu normal). On se reverra toi et moi (dans un tissu normal)

Safran Deer and Doe en simili cuir - Laissons Lucie Faire

PS 1 : Je ferai un autre billet (avec un peu moins d’emphase) pour donner quelques trucs et astuces pour coudre du cuir ou du simili (au cas où vous seriez assez fous pour vous lancer dans cette matière ingrate).

PS 2 : J’ai joué entre plusieurs tailles, avec un 40 au niveau de la ceinture et un 36 au niveau des hanches.

PS 3 : Pardon à mes coupicousettes que j’ai remballées à tout va samedi dernier. Les filles, la prochaine fois, je serai sage, c’est promis (hihihi, j’ai croisé les doigts).

PS 4 : Tu es arrivé au bout de ce billet, belle performance, je te félicite ! 

26 réflexions sur “Safran seconde peau (simili cuir, rockeuse, rebelle, toussa toussa)

  1. Ça va, je ne me suis sentie remballée samedi. Sinon, ton pantalon est magnifaïque ma chérie. Et ton billet m’a bien fait rire. Biz

  2. Je t’adore… Mon quota de rire est atteint pour la soirée. Tu as un Safran du tonnerre. Perso j’ai même pas vu que tu ralais ou alors tu as commencé à grogner après mon départ 😉

  3. Tu es tout simplement cinglée! Je viens de rire comme une folle en lisant ton post, décidément tu ne changeras jamais et c’est pour ça que je t’adore. Tu es la reine de la prose, du simili et Bernie a bien de la chance de t’avoir comme couturière car elle en voit défiler de jolies choses. Félicitations pour ce Safran topissime. Et ça… j’achète mon ami! (Oui moi je suis fan de Jean-Marc 😊)

  4. Mais alors ça a marché finalement les surpiqûres sans pied téflon ? J’attendrai le prochain article… J’ai acheté du simili fauve pour coudre un safran je n’ai pas encore d’entoilage extensible et un peu perdu le plaisir de coudre, j’attends un peu pour me lancer !

    • Ça a marché mais ce fut laborieux! J’ai essayé de coller du scotch sous le pied presseur pour qu’il glisse mieux mais ce n’était pas convainquant. Il paraît qu’on peut aussi frotter le pied avec du savon mais je n’ai pas essayé. J’ai évité l’entoilage parce mon tissu fondait à la chaleur du fer. À la place, j’ai doublé toutes les pièces de la ceinture dans une toile de coton pour éviter que le simili ne se déchire à l’usage. Ça a bien fonctionné. En smili fauve ça va être canon ☺

  5. J’adore ce safran en simili ! Et quand on commence un post par « attention ça être long ! » je n’ai qu’une envie, le lire jusqu’au bout !! Une jolie histoire pleine de rebondissements !

  6. Génial ! Franchement respect et bravo, je vais réaliser ma toile dans un tissu normal et je me laisserai bien tenter par du simili en voyant ta version.

    Et je me suis reconnu dans ton récit surtout sur le mode panda hahaha !

  7. Waow !!! Quel article !!! Tu m’as vraiment embarqué !!! J’adore ton Safran, il te va super bien et c’est une très très très belle réalisation !!! Je viens de finir du simili aussi … et franchement, je te comprends !!! En tout cas, ça valait le coup d’aller au bout de ce pantalon qui est une vraie réussite !!! Bravo !!!

  8. Tu peux aussi coudre un passant où tu avais le 1er, ça cachera les trous. Et tu en mets un autre de l’autre côté pour retrouver la symétrie. Au final tu as un double passant de chaque côté. C’est joli et original !

  9. Pingback: Chloé | laissons Lucie Faire

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